La marque Ségolène tente un comeback

Le livre qu’a écrit Ségolène Royal pour clore, en principe, l’épisode des élections présidentielle, est intéressant à plus d’un titre.
Commençons par les côtés négatifs. Le titre déjà, « Ma plus belle histoire, c’est vous », est d’une grande démagogie. La campagne est terminée, on pourrait revenir à un vocabulaire plus sain. Quant à l’interpellation « peuple de France », elle est une insulte à l’intelligence. On aurait pu penser que ce genre de formule s’était éteint à la fin du XIXème siècle. De fait, les soixante premières pages du livre sont assez rébarbatives et certaines remarques sont à la limite de la condescendance, comme si elles étaient une queue de la comète électorale.
Puis les choses s’améliorent nettement. Dans la suite du livre on entre dans le vif du sujet, sur un ton plus normal : comment Ségolène Royal a-t-elle pu perdre alors qu’elle avait suscité un élan énorme, du moins du côté des militants socialistes ? L’analyse est intéressante car elle est faite de justifications assez prévisibles mais aussi d’observations plus honnêtes sur les erreurs qui ont été commises (et pas seulement par les autres…). On pourra critiquer le déséquilibre entre les divers sujets traités ou s’étonner de la longue diatribe contre les instituts de sondage. Mais tous les gens qui sont dans le marketing savent que la forme des questions d’une enquête oriente les réponses des interviewés (sauf que dans la marketing, c’est souvent involontaire…), et que les sondages en période électorale sont des armes – certes à double tranchant – que les uns et les autres n’hésitent pas à utiliser, généralement sans respect pour le libre arbitre des électeurs.
Malgré ses défauts l’examen de conscience de Ségolène Royal reste un exercice intéressant. Il y a peu de gens, ou de marques, qui admettent de se mettre à découvert pour régler un passif, quel qu’il soit. Ségolène Royal a eu ce courage, et on ne peut que le lui reconnaître. Même s’il a sans doute séduit avant tout ses soutiens traditionnels, son ouvrage a évidemment donné du grain à moudre à quelques-uns de ses adversaires, qui ne se sont pas privés d’en faire des gorges chaudes, y compris et surtout dans son propre parti. C’est justement là que cet exercice est intéressant. Rarement un candidat a eu à subir un tel feu nourri de la part de son propre camp. Et pourtant, en ce moment même, Ségolène Royal reste la personnalité la mieux placée chez les électeurs de gauche pour repartir à la bataille. La transparence paierait-elle, dans la politique comme dans le marketing ? Au moment où Nicolas Sarkozy plonge dans les sondages et où Laurent Fabius (et quelques autres…) se place fort peu discrètement pour les prochaines grandes échéances électorales, on ne saurait trop leur conseiller de méditer cet exemple.