Naked contre « à poil »

C’est la troisième fois en deux jours que mon interlocuteur m’explique que face à la pénurie de créatifs dans sa structure il va faire appel à des free-lances. Trois fois que je me dis que, finalement, les agences de com n’ont même plus l’avantage de la structure par rapport à nous.
Naked prône l’idée que pour avoir la liberté de conseiller nos clients sur les meilleurs objets de communication, avoir un outil de production à faire tourner n’est pas la meilleure position (comme dis le proverbe « Demande jamais à un coiffeur si tu as besoin d’une coupe »). Nous nous sommes structurés en fonction de cette nouvelle donne. Nous partons d’une page blanche et faisons venir les partenaires nécessaires à résoudre la problématique de notre client de manière transparente.
Ainsi récemment pour produire un film nous avons eu besoin de monter une équipe avec un créatif talentueux et un TV prod. Ceux-ci sont traités comme des partenaires, pas des sous-traitants. Ils participent activement aux réunions avec le client et leur rémunération est affichée de manière transparente (vu que nous ne margeons pas sur le travail des gens que nous mettons autour de la table, notre client sait exactement qui il paye pour faire quoi).
Nous travaillons plus vite, avec des gens plus motivés (c’est leur film), et pour un coût très inférieur. Au final, le film que nous produisons va coûter 10% d’un budget classique sans que cela se sente dans le résultat. Sur un autre projet, l’un de nos prestataires devrait gagner au final beaucoup plus d’argent que nous, parce qu’il va produire beaucoup plus, et donc que c’est juste, même si le client est venu voir Né Kid et qu’il a acheté notre stratégie.
Les agences de com dont je parle continuent souvent à prétendre qu’elles sont capables de tout, et vivent sur l’illusion qu’elles donnent à leur client que « toute l’agence va se mobiliser », que « toutes les équipes sont sur le coup », puis appellent des free-lances qu’elles briefent, font travailler à bas prix et empochent la marge. Le roi est nu, mais vit sur l’illusion qu’il tente d’entretenir qu’il existe une structure, alors que celle-ci se réduit comme une peau de chagrin. Pendant ce temps là, la cascade d’intermédiaires grignote le budget du client et le travail en commun se met à ressembler à une partie de téléphone arabe, vu que la règle de base est « on ne met jamais un sous-traitant en contact direct avec le client ».
Je ne met pas en cause le fait que les agences travaillent avec des prestataires extérieurs, plus on va aller vers de la communication holistique, plus il faudra des équipes pluri-disciplinaires. Je me rebelle simplement contre le fait de ne pas traiter les partenaires autrement que comme des sous-traitants, et le fait de prétendre produire alors qu’en fait la valeur ajoutée est dans le plan d’ensemble et la capacité à faire fonctionner le système. Le système de production d’une automobile, où 80% de la valeur ajoutée tangible vient des sous-traitants est un bon exemple de cette démarche.
D’où le titre de ce post : Naked contre « à poil ». Nous sommes des nudistes, n’essayons pas de cacher notre nudité, elle est un mode de vie choisi et nous l’assumons. Les agences dont je parle (de plus en plus nombreuses) sont « a poil » parce qu’elles n’assument pas cette nudité. La prochaine fois qu’un prospect me demandera pourquoi je ne suis pas venu tout nu à notre première réunion, je saurais quoi lui répondre.
Vous auriez mérité d’être interviewés dans le magazine In:fluencia du mois de décembre 2007, qui traitait des relations entre agences et annonceurs. Et de leur avenir…
Du coup, pour ma synthèse de lecture, j’intègrerai votre point de vue pour pousser la réflexion. Merci pour cette introspection, même s’il y a de l’auto-promo (mais c’est normal).