21 avril 2008

Suicide collectif au Lido

Posté par Eric De Rugy dans Point de Vue

080421_pencil

Mardi dernier avait lieu au Lido la remise des prix du Club des Directeurs Artistiques.

Un événement doublement important, puisqu’il s’agissait du 40ème anniversaire de cette cérémonie et qu’il était intéressant de voir comment la profession créative allait faire face aux enjeux que posent les mutations en cours dans le monde de la communication.

On n’a pas été déçu ! Ce fut une magnifique démonstration d’autocélébration – ce qui est assez compréhensible –, d’autodérision et, en définitive, d’autodestruction.Un bon point pour le décor et la mise en scène de la soirée : on se serait cru à Atlantic City dans les années soixante. Un de mes potes créatifs m’a confessé que ce second degré était volontaire. Mais était-ce bien inspiré ? Comme le choix pour l’animation de Frédéric Beigbeder, l’homme qui crache dans la soupe plus vite que son ombre. Il était déjà difficile d’émerger dans cet interminable défilé d’images statiques, alors exister sous les mauvaises astuces et les quolibets du maître de cérémonie…

Quant aux pré-retraités de la création – au pedigree indiscutable – qui ont témoigné sous forme de vidéo, on aurait aimé qu’ils mettent moins en évidence que l’âge d’or de la création publicitaire était derrière nous, et qu’ils mettent plus de réserve dans les références aux pratiques un peu rock ‘n’roll (« putes, drogue, etc ») qui, paraît-il, avaient cours jadis librement dans les agences.

En entendant ces aveux nostalgiques on ne pouvait que souscrire à la remarque un peu provocatrice de Benoît Devarrieux : « les jeunes, qu’ils nous poussent, qu’ils nous foutent dehors ! ».

Le palmarès était assez peu inspirant. Un seul prix sur trois catégories internet, mais des tonnes de 3ème prix, parfois ex-aequo, dans d’obscures catégories. Les rares moments de bravoure créative semblaient donner raison à Bertrand Suchet, président du Club : « beaucoup de créatifs se contentent de surfer sur l’air du temps : ils créent, ils n’inventent pas ! ».

Aucun n’a évoqué l’avenir de la création publicitaire. Celui-ci est assez sombre sans doute, et en tout cas très flou. Si ce ne sont pas les créatifs eux-mêmes qui montrent le chemin… En tout cas on en était loin mardi soir.

D’ailleurs la seule ovation de la soirée a été réservée à une remarque d’Etienne Chatilliez, déclarant sur grand écran que « le marketing est dirigé par des crétins notoires ». Tant d’immaturité laisse pantois. On ne saurait reprocher aux créatifs de mettre en valeur les idées qu’ils produisent. Je dirais même que notre métier a diablement besoin de démonstrations de créativité en ce moment. Mais si c’est pour le faire dans un tel esprit, mieux vaudrait qu’ils restent entre eux (à la moitié de la présentation, les trois quarts des profanes, sponsors, annonceur ou institutionnels, avaient déserté le Lido, certains de fort méchante humeur !).

Chacun a le droit de régresser de temps en temps, mais il vaut mieux le faire à l’abri des regards de ses partenaires du quotidien. Un peu à la manière des étudiants américains lors de leur spring break sur les plages mexicaines.

Poster un commentaire

:mrgreen: :neutral: :twisted: :shock: :smile: :???: :cool: :evil: :grin: :oops: :razz: :roll: :wink: :cry: :eek: :lol: :mad: :sad: