L’art est un market comme les autres

Le week-end dernier, je suis allé faire un tour à la FIAC pour prendre un peu le pouls de cette activité, l’art contemporain, qui me laisse un peu perplexe.
On y entend toujours de fines remarques du genre « franchement, n’importe qui aurait pu faire la même chose » ou « tu vois, quand je te dis qu’il ne faut pas jeter nos vieux journaux ! ».
C’est vrai qu’on peut-on se dire, en voyant la rusticité et l’évidente absence de technique de certaines œuvres, que chacun d’entre nous possède probablement en lui le potentiel de s’exprimer sous une forme dite artistique (je n’ai pas vu le film Séraphine avec Yolande Moreau, mais il ne dit rien d’autre, semble-t-il).
Sauf que certains ont juste beaucoup plus de talents que d’autres. Quant aux autres présents ici, ils sont soit plus motivés, soit plus chanceux ou plus roublards, ce qui leur permet d’entrer dans un circuit qui reste totalement hermétique à la plupart d’entre nous, pour y trouver la gloire ou y vivoter, selon les cas.
Cela dit, même astucieusement planté sous l’imposante verrière du Grand Palais et malgré la richesse des œuvres présentées, cet événement ne pourrait pas passer pour un vaste musée d’art contemporain, car il ne vit que par l’évidence de son intention marchande.
En l’occurrence, alors que la crise économique bat déjà son plein, l’affluence était étonnamment forte et plusieurs exposants affichaient la satisfaction de ceux qui ont déjà réalisé des transactions solides, ce qui se voyait au nombre de pastilles de couleur apposées près des œuvres. Il s’agit donc d’un marché, et il possède ses règles, ses modes de communication et sa logique de renouvellement.
Ainsi j’ai croisé sur un des stands une commerciale de TF1 Publicité qui s’intéressait à une œuvre – d’un artiste dont j’ai oublié le nom – qui avait l’avantage d’émerger. La dite « œuvre », pas inintéressante, consistait en une série de feuilles d’aluminium plissées sous un coffrage de plexiglas jaune vif. Le galeriste, ayant ravalé sa condescendance après avoir appris que la visiteuse possédait déjà une œuvre de l’artiste (le CRM reste encore modeste sur ce marché, apparemment), se mit en devoir de mettre en valeur sa marchandise : « cette année, les foils ont de nouveaux motifs et le plexiglas est coloré ».
Comme un vendeur aurait pu présenter un nouveau modèle Celio ou la nouvelle Golf… Cela m’a rappelé la remarque d’un de mes anciens clients lessivier qui déplorait la confusion qui régnait dans la tête des consommateurs, du fait du foisonnement de produits sur les linéaires : « c’est un peu la faute des fabricants comme nous, qui faisons beaucoup de « petites » innovations [pour motiver la grande distribution]. »
Finalement, Andy Warhol avait raison : le marché de l’art n’est pas si différent des autres…