Je suis une bande de pokes à moi tout seul

On en connait tous au moins un dans notre entourage.
Lassé par l’omniscience des réseaux sociaux, espérant initier une tendance sociétale majeure et attendant avec impatience la prochaine plateforme edgy, il avait décidé de mettre fin à ses jours, virtuellement, évidemment.
Quelques semaines, quelques mois passent, Facebook déploie sa tentaculaire influence, ses adeptes lorgnent de plus en plus du côté du mainstream, les annonceurs frétillent, tout se passe comme prévu, c’était écrit, c’est formidable, il a senti le vent tourner avant tout le monde, il est génial et anticonformiste, il jure aux grands dieux qu’il a décidé de se réconcilier avec la vie réelle.
Et puis Facebook poursuit son inexorable progression dans le monde sans rencontrer d’autres résistances que celles de quelques fondus de la class action chipotant sur l’exploitation de leur données personnelles, insolemment placardées sur leur profils, à la merci des marketeurs du monde entier.
Il a misé sur la mort, le voici récompensé d’une soif de vie généralisée.
La queue entre les jambes et la souris en berne, il se résigne à réemprunter le sentier pixellisé de la vie sociale, après une année passée à courir derrière ses amis, bien trop occupés à réseauter ou se gargariser de leurs dix ouvrages favoris en vente sur Amazon.
Facebook l’avait prévenu : le doute est permis, on ne choisit pas ses amis, son compte n’est pas fermé mais suspendu. Il l’attendra le temps qu’il faudra. Mark Zuckerberg est patient, les marques aussi.
Il suffira d’un clic pour renouer avec l’expérience passée.
Rien n’a changé ou presque.
Personne ne l’attend, il recommence à perdre son temps en toute tranquillité.Il en regretterait presque la notoriété Marc L.
[...] Né Kid « Sound advice project : j’ai quelque à te dire, voici [...]
j’aime beaucoup l’esprit du texe posté… il y a 1 an, alors que je venais tout juste d’être Mark Zuckerbergisé comme beaucoup, j’ai écrit ceci…
Cette semaine, grâce à un réseau communautaire mondial bien connu, en proie à quelques vicissitudes éthico-publicitaires, j’ai eu l’immense plaisir de recevoir plus de mails de mes 1463 potes “à la vie à la mort”, que de tous les vendeurs de Cialis, Viagra et autres pilules du bonheur…
Aujourd‘hui, à ce chantre de l’amitié virtuo-réelle, je veux dire MERCI… et STOP !
Oui, STOP, parce que toi facebook, tu as transformé mes amis en spammeurs professionnels !
Rien que mardi j’ai, par mail interposé :
• été mordu par deux métavampires de Montréal
• reçu 3 tonnes de marijuana de Strasbourg
• bu 38 gin-martini-suze-grenadine (faut êt’ sacrément tapé pour inventer un truc pareil, soit dit en passant)
• participé à 7 quiz (friends, ciné, musique, recettes, heroes, stars has been pour pub de lessives tendance, stars tendance pour pub de lessive has been)
• été invité à la journée de l’orgasme
• perdu 156 fois à fuckin’ papier-cailloux-ciseaux
• rejoins 7 groupes géniaux, dont celui contre l’ouverture des portes de chiottes vers l’intérieur et celui de l’humour patronymique
Bref… ma vie-rtuelle avait l’air trépidante, mais là, hier soir, lorsqu‘un païen de facebook m’a demandé comment s’était déroulée ma semaine, je me suis rendu que je n’avais strictement rien foutu…
Triste et désemparé, j’ai :
• planté mes canines dans son cou
• roulé un énorme joint
• sifflé 3 mètres de Téquila-Paf
• maté le dernier Cronenberg
• tchatché avec une vraie demoiselle sans e-smile
• découpé un 124 pages au ciseau à bois
• filé aux toilettes en me foutant complètement de la porte
• raconté 3 blagues en gesticulant (rapport à la téquila)
Tout allait mieux, jusqu‘à ce mec au bar qui m‘dit :
“Trop stylée ta coupe de cheveux ! On dirait un Iroquois… il paraît que ça revient fort. Tu sais quoi, tu devrais créer un groupe sur facebook…”
Et merde.
Depuis lors, après mon coming out, au sens propre, j’ai refait mon coming in, comme beaucoup d’autres.