We are – social – animals

La campagne Wrangler gagnante d’un Lion d’or à Cannes a fait couler beaucoup d’encre. Arbitraires et subjectifs, nombre de contempteurs ont sous-estimé la puissance de l’insight contenu dans cette annonce, se bornant dans la majeure partie des cas à porter un jugement esthétique et « artistique ».

Une idée vient corroborer la force – consciente ou pas – de cet insight. Mark Earls est l’auteur d’un ouvrage baptisé Herd dans lequel il livre la vision de 2 chercheurs en anthropologie – Brian Hare et Vanessa Woods – sur l’importance des comportements « sociaux » des grands singes dans le processus de l’évolution humaine. Et si ce n’était pas l’intelligence des hommes qui les avait conduits à devenir des êtres sociaux mais l’inverse ? Et si c’était notre capacité à entretenir des liens avec les autres qui avait façonné notre intelligence ?
Cette approche se résume dans leur théorie de l’écoute (theory of mind, désolé mais la traduction est moins percutante), soit notre capacité à nous figurer ce que les autres pensent.
Nous acquérons cette faculté autour de l’âge de 4 ans. Preuve en est de cette petite expérience menée sur des enfants : si on montre une boite de chewing-gum contenant des billes à un enfant en lui demandant ce qu’elle contient, il répondra : « des chewing-gums ». Normal. La théorie de l’esprit s’exprime une fois le trucage révélé (et qu’il se rend compte que la boite ne contient pas des chewing-gums).
Si vous demandez à l’enfant ce que sa maman – qui attend dans la pièce à côté – pense qu’il y a dans la boite :
- En-dessous de 4 ans, l’enfant répondra : « des billes »,
- Au-dessus de 4 ans : l’enfant sera capable de se rendre compte que sa maman ne peut pas savoir qu’il y a un piège.
La théorie de l’esprit montre par ailleurs que les grands singes sont capables de penser à la place de leur congénère, notamment en employant la ruse pour obtenir de la nourriture. Leurs astuces sont toutefois limitées puisqu’ils sont par ailleurs beaucoup moins futés pour décoder les signes non verbaux… (cf. proverbe chinois « quand le sage montre la lune, le singe regarde le doigt »).
Contrairement aux grands singes, les chiens sont excellents pour comprendre nos façons de nous mouvoir ou nos sentiments. Pourquoi ? Parce que leur domestication les a fait évoluer dans une direction moins sauvage – pas comme leurs descendants les loups – et plus sociale, c’est-à-dire consciente de son intérêt à rester prêt des hommes – nourriture, caresses, etc. – et donc à adopter les traits de caractères que les hommes trouvaient « affectueux ».
Brian Hare et Vanessa Woods avancent donc la théorie suivante : tout comme les chiens, peut-être que les hommes ont développé une intelligence collective et sociale car elle leur apparaissait comme plus pertinente pour résoudre les solutions et survivre.
La co-opération serait donc un des piliers de nos comportements actuels, l’écoute, le partage et l’entraide – qui à dit 2.0 ? – sont des éléments fondateurs et intrinsèquement liés à notre survie.
Cette vidéo illustre notre capacité à comprendre comment nous nous écoutons et nous réussissons à produire une intelligence collective grâce aux autres et par les autres :
Source : Only Dead Fish