18 janvier 2010

2/3 de l’info média vient de la presse. Oui, mais…

Posté par Eric De Rugy dans Point de Vue

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S’il est un vœu que je fais cette année, c’est que la presse retrouve son équilibre, financier et éditorial. C’est un vœu un peu égoïste car, au-delà de la génération à laquelle j’appartiens qui a été nourrie à Libé, à Actuel ou aux Inrocks, la presse correspond bien à ma façon de consommer de l’information. Je ne regarde/écoute pas les journaux TV ou radio car je n’ai pas la patience de supporter les reportages ineptes – sur les sujets à la mode ou sensationnalistes – entre deux infos intéressantes. Or dans ces médias, on ne peut pas tourner la page si on n’est pas intéressé (ou plutôt on commence juste à pouvoir le faire, avec les podcast ou la VOD, mais quel effort…). Quant au zapping, c’est le meilleur moyen d’avoir des infos hachées et décontextualisées.
Bien sûr il y a l’internet, mais c’est l’effet inverse : que de pages ! C’est bien pour les brèves, à supposer qu’elles ne puissent pas attendre le lendemain… Mais dès qu’on veut un peu de recul, une habitude avec des journalistes qu’on apprécie, ça se complique. Sans oublier les délicieux effets de surprise liés à la sérendipité (cf une veille récente de Né Kid) qui amène des sujets inattendus, mais de nature à rassasier ma curiosité inextinguible. Voilà pourquoi la presse reste mon média d’information préféré.

Mais comme toujours, des vents contraires finissent toujours par souffler. Au-delà des fautes d’orthographe de plus en plus nombreuses qui gâchent mon plaisir, comme des mouches sur un gâteau, la rigueur éditoriale n’est plus aussi forte qu’avant, et on ne compte plus les infos sans intérêt ou bêtement erronées. En témoignent quelques exemples piochés dans la « grande presse » depuis la rentrée dernière :

-    « En arrivant pour déjeuner, hier chez Kinugawa, à Paris, la première dame de France est tombée nez à nez sur le couturier japonais Kenzo. Retrouvailles pleines d’émotion qui leur ont permis d’évoquer, avec nostalgie, le mythique Palace et ses célèbres soirées. Kenzo a félicité l’ancien mannequin pour sa beauté. » (Le Figaro du 2 septembre)
-    « A l’époque où Jean-François Roverato, patron d’Eiffage, construisait le viaduc de Millau, il ne jurait que par le roquefort […] : les caves n’étaient qu’à quelques kilomètres de la ville que dirigeait alors son ami Jacques Godfrain. Depuis qu’il a remporté le marché du stade de Lille, pour se mettre Martine Aubry dans la poche, il préfère la boulette d’Avesne. » (Confidentiel Challenges du 10 septembre)

Dans l’article du Monde relatant l’ouverture du magasin Uniqlo de l’Opéra, deux journalistes théoriquement expertes en mode déclaraient que c’était là où on trouvait le dernier « hit bag », erreur grossière (répétée par une 3ème journaliste du même journal le 25 janvier…) à faire frémir toutes les fashionistas du monde… et du Monde. Et quelques jours plus tard, dans un supplément de l’Obs sur le design, une journaliste s’extasiait sur le dernier appareil à la mode, le « blinder » (sic), qui permet de faire soupes et smoothies. Aveuglant en effet !…

Ces exemples pris séparément pourraient n’être que des péchés véniels, mais ils ne sont hélas que la partie émergée d’un iceberg d’erreurs et d’informations totalement superficielles ou niaises. Et on pourrait tenir un dîner entier sur les exemples piochés dans une seule semaine de publication. Les amateurs de presse, jeunes ou vieux, attendent des médias écrits du contenu et de la tenue, pas de la vacuité et de la complaisance. A défaut de recevoir ce qu’ils attendent, il ne faut pas s’étonner qu’ils rechignent à ouvrir leur porte-monnaie pour payer quelque chose qu’ils peuvent avoir gratuitement par ailleurs (mais dont ils n’ont pas forcément envie…).

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