La « mess » est dite

La saison des soldes battant son plein, c’est le moment idéal pour une rapide digression sur la sémiotique de l’abondance, omniprésente online et offline…
Qui a lu Au bonheur des Dames se souvient des riches descriptions d’Émile Zola, dépeignant avec une experte précision la quantité d’articles, la richesse des tissus et la profusion de la ruche d’un grand magasin (inspiré par les Grands Magasins du Louvre) à la fin du 19e siècle.
La magie du verbe suffit à nous transporter parmi les étals et les rayons. On croirait presque entendre l’obséquiosité du personnel, savamment instruit par le maitre des lieux, Octave Mouret.
Plus d’un siècle plus tard, rien n’a changé ou presque. Les canaux de distribution se sont multipliés, les marques aussi, la variété des produits a grandi, tout comme leur nature (ex : depuis les matières brutes ou prêt-à-porter).
Toutefois la spécificité de la distribution n’a pas pris une ride : c’est l’organisation du désordre. Paradoxe commercial s’il en est, les pyramides de fruits, les cascades de tissus ou les offres limitées font perdurer la vieille tradition du commerce, qu’il s’agisse des marchés (Emmanuelle Lallement vient de produire un texte intéressant sur Barbès), des supermarchés (cf. les mythologies de Roland Barthes), des grands magasins (cf. Zola) ou des boutiques en ligne.
Défiant les golden rules du design et de l’ergonomie, la distribution en ligne réinterprète sans tabou les codes de l’abondance et de la variété. Bannières animées, ventes flash, séries limitées, déstockages et autres « tout doit disparaître » invitent les consommateurs à une profession de foi au cœur des temples de la consommation.
Plus ça change, plus c’est la même chose ?