En cette période estivale, rythmée au doux son d’une dance hispano-yaourtée (je parle ici de ce que l’on peut appeler « tube » de l’été 2011), il me semblait bon de donner quelques airs de vacances et de futilité à la ligne éditoriale de ce blog.
Aujourd’hui chers lecteurs, nous allons parler de ce magnifique concept marketing qu’est le tube de l’été (ou le Summer Hit pour les anglophones).
Le concept – génialissime – de « tube » de l’été existe depuis le début des années 60 (Wikipedia cite la reprise de What a Wonderful World de Louis Armstrong par Sam Cooke comme le premier « tube » de l’été de l’histoire, rien que ça).
En France, il est devenu concept marketing en 89, grâce au coup de maitre lancé par TF1 avec notre Lambada nationale.
Cette date là marque sans doute un tournant dans l’univers du tube de l’été, lui donnant une toute nouvelle dimension. Il n’est plus qu’un simple titre auquel l’on donnerait, a posteriori, la dénomination de « tube » grâce au succès rencontré. Non, dès 1989 et pour les quelques années qui suivront, le tube de l’été devient véritable concept marketing à la mécanique bien huilée.
L’été 89 marque effectivement le lancement d’une décennie de Summer Hits crées de toute pièce par les chaines télévisées, au travers de leurs maisons de production. La mécanique est simple : on crée un morceau et on le diffuse à outrance sur la chaine jusqu’à ce qu’il résonne jusqu’au plus profond de notre cavité encéphale, pour finalement se régaler sur la vente de CD 2 titres.
Une fois ce système de diffusion mis en place, il ne reste plus qu’à pondre un contenu « tube de l’été » en suivant un cahier des charges bien défini :
1/ La thématique
Un tube de l’été se doit de traiter de fête (ou de fiesta, c’est encore mieux), de danse, de chaleur, ou de sexe. Les plus ambitieux tenteront le super combo du tout-en-un. Efficace bien que périlleux.
2/ Le titre
Le titre du tube de l’été est simple et sonne en « a » : macarena, pata pata, carapicha , yakalelo, dam dam deo, . Le « a » est frais, distinct, coloré, jovial.
3/ La dimension du « One-Hit Wonder »
On veille à ne signer qu’avec des artistes à fort potentiel one hit wonder, c’est-à-dire des artistes dont la carrière n’est destinée à ne connaitre qu’un succès. Le but ici n’est pas de produire un album, mais un hit. Rappelons que le tube de l’été est aussi éphémère qu’un esquimau Miko au soleil : il est destiné et conçu pour être consommé rapidement, à un moment donné.
4/ La chorégraphie
Un bon tube de l’été ne peut se passer de sa choré. On remercie notamment Mia Frye pour la Macarena, cette danse sensuelle et fédératrice, encore pratiquée dans certains cercles de nostalgiques.
5/ Un clip
Il en va de soi. Le tube de l’été est clipé. A la plage ou en milieu aride. On veut de la chaleur, du soleil et de l’exotisme. On porte des mini-jupes, des pantalons bariolés et des gilets sans manches colorés.
Et puis passé 1998… plus rien. Plus de chorégraphies endiablées sur des airs de World Music remixés à la sauce dance diffusées avant, après, pendant les JT. Le néant. Le tube de l’été, tel qu’on le décrit, n’est plus. Du moins plus aussi impactant.
Le CSA y est pour quelque chose : accusées de concurrence déloyale les chaines doivent désormais diffuser des clips d’au moins 1’30… et 1’30 c’est long et ça coute cher. En conséquence, le tube de l’été se fait plus diffus sur les chaines, moins entêtant, et donc moins fructueux.
Au fil des années, notre bon vieux tube ensoleillé se perd. Les boys band débarquent, les chanteurs en herbe de télé-réalité s’imposent, et Internet chamboule nos comportements et nos habitudes de consommation.
Aujourd’hui la formule gagnante du tube de l’été des années 90 ne fonctionne plus. Il faut s’adapter, faire son deuil et accepter de se confronter non plus au hit de l’été mais à des hits. Featurés, sans chorés, vocodés…
Bref, tentons le diable par cette locution (qui un jour peut être sera reprise sur un T-Shirt) et clamons-le, haut & fort : « le tube de l’été, c’était mieux avant ».
(Et un clin d’oeil à Eric de Rugy à qui l’on doit en partie le fameux Saga Africa de Yannick Noah !)